Des plantes produites avec soin :
Les plantes proposées sont, pour une
partie, cultivées sur un terrain de moyenne montagne situé dans les
Combrailles, en Auvergne. L’autre partie est aussi cueillie dans les
Combrailles, dans des espaces sauvages (forêts, friches) ou dans des prairies
en bio. Toutes les plantes sont produites selon le cahier des charges SIMPLES,
localement, exceptées quelques plantes comme la vigne rouge, les écorces d'oranges, le romarin,
Elles sont cultivées sans pesticide, sans
machine et sans travail du sol, parce que ces trois éléments détruisent la vie
du sol. Les plantes cultivées dans des sols morts ou maltraités sont souvent sensibles aux maladies.
Le fait de les consommer a de fortes chances de nous rendre malades aussi. Lorsqu’elles
ne sont pas cueillies sur place, les plantes sont cueillies dans des
sites sauvages protégés des routes et des sources de pollution. Les
cueillettes sont raisonnées et respectueuses des écosystèmes. Une fois
cueillies manuellement, les plantes sont rapidement étalées sur des
claies dans un séchoir. Elles ne sont pas chauffées mais simplement
séchées à l’aide d’un déshumidificateur absorbant l’humidité de la
pièce. Elles sont ensuite stockées à l’abri de la lumière et de
l’humidité et conditionnées dans des sachets, au fur et à mesure des
commandes. |  |
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Dans une forêt-jardin :
Après 14 ans d’existence, la friche de 4 hectares qui nous a
accueillis, est devenue une forêt-jardin. J’emploie le terme «
forêt-jardin » plutôt que « jardin-forêt » car ici, l’énergie de la
forêt est plus forte que celle du jardin. Les arbres sont partout, de
tous âges, de toutes tailles. Ils structurent le lieu. Nous cohabitons
avec joie.
Avant de raconter un peu plus ce lieu, j’aimerais citer ce très intéressant passage du livre de Geneviève Michon :
« L’Hortus est à l’image du
jardin tropical : un espace qui s’étend sur trois dimensions, et dont
les vocations sont multiples. C’est un écosystème « généralisé »,
d’architecture complexe, caractérisé par un grand nombre d’espèces
cultivées, chacune représentées par un petit nombre d’individus. On y
trouve en abondance des plantes à tubercules et des arbres. Les espèces
cultivées côtoient des espèces « encouragées » et des espèces qui se
sont établies spontanément. L’horticulteur choisit soigneusement la
place de chaque plante, qu’il traite ensuite de façon individuelle. Il
choisit de garder ou non les plantes spontanées, selon leur utilité
directe (production) ou indirecte (ombrage, pouvoir fertilisant) ou
parfois uniquement parce qu’elles ne gênent pas. Diversité des
composantes et complexité des structures, confèrent à ce système une
grande stabilité, réduisent les coûts d’entretien, et multiplient les
fonctions du jardin. Ce modèle traduit un autre type de rapport à la
nature, dans lequel l’espace domestiqué reste en continuité avec le
domaine sauvage auquel il emprunte ses structures et certaines de ses
composantes. C’est un domaine où l’horticulteur entretient avec les
plantes une « amitié respectueuse » pour reprendre la belle expression
d’André-Georges Haudricourt, et dans lequel les mécanismes naturels
sont les meilleurs garants de la production. Au contraire de l’Ager, l’Hortus,
qui joue au maximum sur la diversité et tire profit des dynamiques
naturelles des végétations, montre une continuité très nette avec
l’écosystème forestier. » Geneviève Michon, Agriculteurs à l’ombre des forêts du monde, Acte Sud, Arles, 2015.
En lisant ce passage du livre, je me suis retrouvée dans
cette façon de jardiner. Partir d’une friche fût un très beau départ,
car il a fallu dialoguer avec elle ; aménager des jardins là où la
perturbation était moindre ; choisir de laisser pousser un chêne, dire
au revoir à un autre devenu trop gros, mais planter un tilleul en
contrepartie, plus loin ; profiter d’un bosquet de noisetiers et
d’aubépines pour y ajouter un chalef, un amélanchier et un poirier ;
admirer un pommier sauvage, véritable réservoir de nourriture à la
floraison somptueuse et installer à son pied un rosier liane ; se
réjouir d’un érable champêtre surgi là, pourquoi pas, ou de quelques
épiaires des bois au pieds des cassis, devenues un véritable tapis
gourmand en trois années.
Le jardin compte maintenant une soixantaine d’espèces de fruitiers, une trentaine d’espèces d’arbres et arbustes, une centaine de médicinales, une vingtaine de plantes comestibles, installées au milieu des essences initiales de la
friche. C’est un lieu où l’on se perd en déambulant d’un espace jardiné
à un autre, d’un bosquet à l’autre.
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Invitation à la découverte
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Coquelicots et carottes sauvages poussent au milieu des sauges
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Pourquoi cultiver dans une forêt-jardin ?
Si mon souhait initial était de ne pas perturber excessivement la faune
et la flore en mettant tout « à plat », je me suis vite rendue compte
que cultiver au milieu des arbres offre de nombreux avantages :
- L’arbre est un pourvoyeur d’eau, par évapotranspiration, par
condensation, par le réseau mycorhizien qui lui est associé. La même
eau de pluie s’évapore 5 à 6 fois au-dessus de la forêt amazonienne !
La quantité d’eau qui se condense en une dizaine de jour, sur les
feuilles persistante et froide d’un lierre, en période de canicule
sèche, peut être l’équivalent d’un orage.
- L’arbre climatise en période de fortes chaleurs, par sa photosynthèse
et sa transpiration. A l’ombre d’un arbre, il fait plus frais et plus
humide, un bienfait aussi bien pour les humains que pour les animaux et
les plantes.
- Il permet de composer des canopées en forme de chou romanesco,
reconnues comme étant les plus efficientes pour créer de la
condensation.
Vidéos explicatives ici et là
- L’arbre fournit beaucoup de matériaux intéressants quand on cultive
avec des paillages (feuilles mortes, branches à broyer) mais aussi du
bois de chauffage et du fourrage quand ils sont taillés en têtard.
- L’arbre filtre le vent et limite ainsi le dessèchement des plantes en culture.
Cela nécessite d’être là en chef d’orchestre pour ne pas que le milieu
ne se referme trop, pour garder un maximum de lisière, milieu le plus
riche en biodiversité et le plus intéressant à cultiver. Cela demande
aussi de limiter les arbres ectomycorhiziens qui sont peu compatibles
avec les cultures. Ici, ce sont surtout les chênes pédonculés et les
frênes.
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A l'entrée de ce jardin, un chêne sous surveillance
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Des cultures sous l'ombre légère des pêchers
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Où la diversité est reine :
Voici les principales pratiques qui accueillent la vie au jardin :
- La diversité animale dépend de la diversité végétale. Certaines chenilles de papillons se nourrissent d’une seule espèce de plante. Si celle-ci vient à manquer, pas de papillon.
Pour accroitre cette diversité, j’introduis dans le jardin de nouvelles espèces sauvages et cultivées. Mais j’effectue aussi un désherbage attentionné,
en laissant pousser dans les cultures, les plantes spontanées qui ne
vont pas être problématiques, c’est-à-dire qui ne vont pas freiner la
culture par une occupation importante de l’espace aérien et racinaire.
De nombreuses plantes peuvent cohabiter. J’apprécie le salsifis des
prés, la carotte sauvage, la digitale, les molènes, les lunaires, pour
leur pousse verticale et leur racine plongeante. Elles poussent sans
inconvénients au milieu des sauges, des hysopes, des origans…
- La diversité animale passe aussi par la diversité des milieux.
Dans la ferme, on trouve des bosquets, des prairies, des murets, des
tas de bois, des haies, des vieux arbres, des zones de fougères aigles,
une friche en libre évolution qui chemine vers la forêt, et des points
d’eaux artificiels, car ici, la terre est trop drainante pour retenir
l’eau.
- Une bonne partie des cultures est laissée aux insectes butineurs,
c’est-à-dire que je cultive plus que ce que j’ai besoin et je ne
cueille qu’une partie des médicinales en fleurs. C’est le cas pour les
origans, la sarriette, l’hysope, les lavandes, les thyms, les menthes,
la mélisse. Concernant les annuelles (mauves, calendula, bleuets,
coquelicots), de nouvelles fleurs à butiner apparaissent chaque jour,
la cueillette ne prive donc pas les insectes.
- Aucun animal n’est tué, aucune substance biocide n’est utilisée. Je fais confiance en l’équilibre du lieu et en la chaîne de prédation. Et ça marche !
- Les zones de cultures ne sont pas travaillées,
ou très ponctuellement à la grelinette. Elles sont pratiquement
toujours couvertes de paillages produits sur place : fougères,
feuilles, broyage de bois et crottin en hiver, complétés par des
feuilles de consoude en été, et les parties aériennes de plantes
spontanées au printemps et à l’automne (mâche en fleur, ortie royale,
lampsane…) Cf. le chapitre ci-dessous.
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Où le sol est dorloté :
Longtemps ignorée, la vie du sol est maintenant portée à notre
connaissance grâce au travail de nombreux scientifiques. Il faut dire que la situation est critique. Depuis les années
1950, avec l’avènement de la machinerie du pétrole et de l’agrochimie, les sols
agricoles ont subi des mauvais traitements sans précédents. Les labours
profonds, les pesticides et les engrais chimiques ont peu à peu exterminé une
vie insoupçonnée, faute de vouloir s’y intéresser. Et pourtant, le sol contient
80 % de la biomasse vivante.
Voici un extrait du livre « Jardiner avec les insectes » de
Vincent Albouy :
« Une étude suisse a calculé que dans
un seul mètre carré de prairie naturelle fertile, situation proche de celle
d’un jardin, la terre abrite, à l’état d’adulte ou de larves (ce sont des
ordres de grandeur plutôt que des comptes précis) : 100 coléoptères, 200
asticots, 200 vers de terre, 25000 enchytréides (de petits vers), 100 000 collemboles
(de minuscules insectes), 150 000 acariens et autres petits arachnides, 10
millions de nématodes (de petits vers), 500 millions de protozoaires (des
animaux cellulaires), 1 milliard de champignons (surtout sous forme de levures
unicellulaires) et 60 000 milliard de bactéries. »
Ces pratiques agressives ont non seulement tué la vie du sol mais ont
aussi rendu la terre stérile, car sans cette vie, une plante ne peut pousser.
Les seuls à pouvoir le faire sont des végétaux malades, sous perfusion des
engrais et des traitements.
En pratique :
Le rôle de la microfaune du sol dans le jardin
:
► Elle aère le sol,
permettant à l’eau et l’air de circuler, évitant les effets de ruissellement et
de compactage.
► Elle minéralise
les nutriments (azote, phosphore…), naturellement présent dans la matière
organique, les rendant disponibles aux plantes. Elle évite tout apport
d’engrais, qui sont eux-mêmes destructeurs de la vie du sol.
► Si la vie du sol
est saine, il n’y a pas d’insectes invasifs, les populations se régulent entre
elles, les plantes sont aussi plus saines, en symbiose avec la microfaune propice
à son développement.
► Elle est un maillon de la chaîne alimentaire. Si elle est pauvre, les insectes, les reptiles,
les mammifères et les oiseaux seront aussi peu nombreux.
Comment maintenir ou restaurer la vie du sol :
► Stopper l’usage
de pesticides et d’engais chimiques qui tuent la microfaune du sol.
► Stopper le labour
(bêchage profond, motoculteur, labour au tracteur) qui enterre cette microfaune
à des profondeurs où elle ne peut plus vivre.
► Couvrir la terre
en permanence de matière organique (compost, feuilles mortes, brindilles, tonte
de gazon, fumier) qui alimente cette microfaune et maintiennent
l’humidité nécessaire à son activité.
► Éviter le plus
possible le tassement du sol par le piétinement et le passage d’engins lourds car
l’absence d’espaces, d’eau et d’oxygène dans la terre limite son développement.
Vidéo sur la vie du sol
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Exemples de mise en culture sans travail du sol depuis une zone d'herbe
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Année 1
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Année 2
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Année 3
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Autre exemple
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Le terrain que je cultive était une friche.
Voici les étapes par lesquelles je suis passée pour mettre en culture mes zones
de plantation :
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À l’automne, je tonds l’espace assez raz en laissant les déchets de tonte sur
place.
● Je paille l’espace consacré au semis et plantations, avec au moins 15
cm de matériaux divers (paille, foin, feuilles, fumier, déchets verts
de tonte, fougères, broyage de bois (BRF)…). Je prévois de nombreuses allées pour éviter de marcher sur les espaces cultivés.
● Au
printemps suivant, toutes les 2 à 4 semaines, je coupe les parties
aériennes des adventices qui dépassent du paillage. Je ne cherche pas à
arracher les racines, c'est vite fait. En le faisant régulièrement, la
plante ne peut plus faire de photosynthèse et meurt. J’ajoute des
matériaux de paillage si l’herbe
commence à traverser trop abondamment les espaces paillés. Papiers et
cartons fins sont
efficaces dans ce cas, recouverts des déchets des premières tontes, en
fine
couche pour éviter la fermentation.
● En
mai-juin, je repique des plants : j’écarte le paillage sur une zone de
20 cm de diamètre, j'arrache l'herbe qui est encore présente sous le
paillage et j'ameublis la terre,
puis, je repique le
plan dans cette poche de terre. Le plant est enfoncé dans l'épaisseur du paillage
mais il va vite grimper pour le dépasser. Le
premier été, le paillage n’est
généralement pas assez décomposé pour pouvoir semer, sauf si la terre a
de grandes capacités de décomposition, elle peut dans ce cas avoir déjà
tout composté.
● Au cours de l’été, j’ajoute un peu de paillage si la décomposition est
déjà bien avancée, pour ne pas risquer de dessécher la terre exposée au soleil.
J’alterne les couches de matières sèches et de matières vertes plus faciles à
trouver en été. Cela permet aussi de couvrir les adventices qui sortent encore à
travers le paillage.
● A l’automne, je remets des paillages sur les zones de culture
et je laisse dormir
tout l’hiver. A ce stade, il n'est plus nécessaire d'avoir 15 cm de
matériaux. L'idée est que cela couvre le sol pendant plus ou
moins un an. Cela va donc dépendre de la capacité du sol à digérer le
paillage.
● Au printemps suivant (donc un an et demi après les premiers travaux), si nécessaire, j’arrache
les herbes récalcitrantes et tenaces, soit à l’aide d’un outil à main, soit à
l’aide d’une fourche écologique (grelinette) si les racines sont profondes,
sans retourner la terre. Elles sont en général peu nombreuses et la tâche est
rapide. Sinon, je me contente de couper les parties aériennes. Dans le cas de ma terre, elle est
alors devenue si souple, que les outils deviennent inutiles.
À ce stade, il est possible de semer, en écartant le paillage. Pour ma
part, je préfère repiquer des plants que je produits en pépinière.
Pour plus d’informations, cf. les livres
de :
- Claude et Lydia BOURGUIGNON, Le sol, la terre, les champs,
éd. Sang de la terre, 2002, 2008.
- Bernard BERTRAND, Victor RENAUD, Le génie
du sol vivant, éd. de Terran, 2009.
- Dominique SOLTNER, Guide du nouveau
jardinage, sans travail du sol, sur couvertures et composts végétaux, éd.
Sciences et Techniques agricoles, 2009.
- Jeff LOWENFELS, Wayne LEWIS, Collaborer
avec les bactéries et autres micro-organismes, éd. Du Rouergue, 2008. |
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